Un Batman dans ta tête

De David Léon

EXTRAIT

On avait beaucoup entendu des cris, depuis qu’on était tout petit.

Quand on a pris l’habitude de les entendre souvent les cris, c’est difficile après, de trouver la sortie dans ta tête, où ça ne crierait plus.

C’était la femme qui ne voulait pas être la maman qui les criait les cris tout le temps.

Des fois, on n’arrête pas de se les répéter dans ta tête, les phrases de la femme qui ne voulait pas être la maman.

Quand Matthieu commence à te les répéter, ça dure tout le temps.

LA PIECE

Matthieu, un adolescent, passe de plus en plus de temps devant sa console de jeu.

Depuis qu’il s’est plongé dans les aventures du Batman, il entend une voix qui s’adresse à lui de façon répétée et envahissante.

Elle lui raconte des souvenirs d’enfance, lui parle de sa famille, et fait resurgir des événements qu’il croyait oubliés, des émotions qui lui échappent.

Peu à peu, Matthieu recompose une histoire, son histoire, à travers une parole intime et brutale qui ne fait plus la part entre le réel et le monde virtuel dans lequel évolue son double, le Batman.

Un soliloque sensible qui explore notamment la construction de la personnalité au moment de l’adolescence.

LA MISE EN SCENE

Lorsque la pièce commence, Matthieu est parti « […] quelque part. […] autre part. N’importe où » pour reprendre les termes qu’employait sa mère à son égard en lui demandant de s’en aller.

Il est « blotti dans tes cendres », est « devenu comme des grains de sel », enfermé et seul dans une urne funéraire.

C’est depuis cet espace que la parole surgit chaotiquement.
C’est depuis cet espace intermédiaire, atopique, qui semble se situer juste après la vie, juste avant que les mots ne s’envolent, que Matthieu se parle à lui même, juxtaposant dans une apparente incohérence monologues intérieurs, fragments de répliques, et bribes de conversations qui formeront les pièces du puzzle de son histoire.
Ainsi, formellement, et suivant le mouvement d’une dépression psychotique, les frontières sont effondrées dans l’écriture elle même. Et la forme et le contenu ne font qu’un.
On pourrait dire que la parole est « fractale », comme la vision que Matthieu a de son propre corps.

La lecture d’un fait divers ; un adolescent à Béziers utilisant un rasoir contre ses camarades de classe, a déclenché l’écriture du texte par David Léon. Il y avait aussi chez lui la nécessité d’écrire sur la maltraitance psychologique et sur « la folie ».

La lecture de Sauver la peau aura déclenché chez moi deux nuits successives d’insomnie et de cauchemars. (La relation de cette autre pièce de David Léon, à Un Batman dans ta tête est très forte).

Et puis un matin, très clairement, le souvenir d’une photo de Nan Goldin persiste, celle d’un adolescent dans son bain.
Je me souviens du bleu prégnant de la photo. Je la redécouvre. Et je pense à d’autres photos de Nan Goldin, celles d’adolescents au bord d’une piscine.
Je commence alors à dessiner un jeune homme dans une baignoire, et puis un miroir au dessus de lui, comme pour fragmenter son corps, en donner une vision atypique. Donner des prismes multiples au regard que l’on pourrait porter sur ce jeune homme. J’y trouve un écho plastique à la fragmentation du texte, reliée à la pensée foisonnante de Matthieu qui nous parvient par bribes, par spasmes.
J’y vois à la fois son corps morcelé, sa folie, et notre incapacité à la considérer dans son ensemble.
Très vite l’espace est celui là. J’en ai la certitude. Comme une évidence.
Je visualise alors la première image du spectacle. Celle du reflet de la tête de l’acteur que l’on découvre dans le miroir. C’est cette tête (qui deviendra visage) qui accueille le public. Visage pâle. Bouche très rouge. Matthieu est là. Il sourit.

 Hélène Soulié

 


Affiche

EQUIPE ARTISTIQUE

Conception et Mise en scène : Hélène Soulié
Scénographie : Hélène Soulié & Emmanuelle Debeusscher
Lumière : Maurice Fouilhé
Son : Serge Monségu
Création teaser vidéo : Maïa Fastinger

Le texte est édité aux éditions Espaces 34 – Sabine Chevallier

DISTRIBUTION

Thomas Blanchard
Clément Bertani
(en alternance)

CREATION & DIFFUSION 

24 au 28 février 2014 – CDN / Montpellier

11 au 21 mars 2014 – Théâtre de La Loge / Paris

31 Janvier, 7 & 14 février 2015 – Théâtre Ouvert – Centre National des Dramaturgies Contemporaines / Paris

5 & 7 novembre 2015 – Périscope / Nîmes (Co accueil avec le Théâtre de Nîmes)

20 novembre 2015 – Ciné Théâtre / St Chély d’Apcher (Co accueil avec Les Scènes Croisées / Mende)

17 & 18 mars 2015 – Maison du théâtre / Amiens

7 au 30 juillet 2016 – Festival Off / Avignon – Artéphile

16 & 17 novembre 2017 – Festival Art et déchirure – Sotteville-les-Rouen

24 novembre 2017 – Centre culturel Jean Ferrat – Cabestany

15 décembre 2017 – Théâtre du Briançonnais

20 avril 2018 – Scène nationale de Dieppe

5 mai 2018 – Cave Ecoiffier – Alenya

Ce spectacle bénéficie du soutien de la Charte de diffusion interrégionale signée par Arcadi-Ile de France, l’Odia Normandie, l’OARA, Réseau en scène Languedoc-Roussillon, Spectacle vivant en Bretagne et l’ONDA

 PRODUCTION

Production : EXIT
Coproduction : CDN Montpellier

Avec le soutien du ministère de la culture et de la communication – DRAC Languedoc‐Roussillon (EXIT est une compagnie conventionnée par la DRAC Languedoc Roussillon), de la Région Languedoc Roussillon, de Montpellier Agglomération et de la Ville de Montpellier

Photos : ©Lola Carrère / Vidéo : ©Maïa Fastinger / Affiche : ©xfuelx