Sauver la peau

Création 2015 De David Léon

EXTRAIT

« Alors. Comment ça va ? espèce de connard. « Je. » Savais.
Que tu n’aimais pas ton père. Mais alors moi. A la lecture
de ton livre. J’apparais comme une vraie marâtre. Espèce
de connard. »
Dit la mère.
Et puis :
« David. Aurait eu trente ans cette année. »
Me. Dit-elle.
« Non. Ma. Man.
« Je. » Suis. Encore. Là. »
Je. Lui. Réponds.
Je suis. Maintenant. Assis. Dans le bassin d’eau de la
piscine.Pour les sorties de l’été.
La pisicne au grand air.
Là ou les enfants attérissent.
Fracas de leurs corps dans le bassin d’eau.
Puissament.
A la sortie du toboggan. Avec la juene fille de l’institution.
« Mon père. Ne m’a jamais reconnue. Quand je l’ai retrouvé
sur la toile. Il m’a laissé un message :
« De disparaître de sa vie. »
De ne plus chercher. A entrer en contact. Avec lui. Par quelque moyen que ce soit.
Que je disparaisse de sa vie. »
Dit la jeune fille de l’institution. Dans le bassin d’eau.

LA PIÈCE

Sauver la peau s’ouvre sur la lettre de démission d’un éducateur d’une institution spécialisée dans le soin et l’accompagnement éducatif d’enfants et d’adolescents psychiquement fragilisés. Le narrateur nous délivre une parole directe, confrontant ce qu’il nomme « le carcan familial » au carcan institutionnel d’éducation ».
Par un jeu d’entrecroisements des prises de paroles multiples, le texte scrute comment la violence verbale s’exerce de part et d’autre, jusqu’à nous interroger en ligne de fond sur ce qui constitue nos identités dans le frottement subtil entre l’espace intime et l’espace professionnel.
Pièce à l’écriture ciselée, Sauver la peau, au delà de ce qu’elle dévoile d’un système éducatif, pose la question du geste d’écrire et de la fonction de la littérature face à nos engagements.
Un texte bouleversant à l’oralité brute.

Quatrième de couverture / Sauver la peau – Editions Espaces 34.

 

LA MISE EN SCÈNE

Un travail sur la parole, sur « l’espace fou du langage ». Cet espace nous est commun. Lacan dit « Tout le monde est fou ». Il pourrait parler de « fou dans le langage ». « Tous fous dans le langage » pourrait-on dire.

La rencontre avec l’écriture de David Léon a été pour moi une évidence parce qu’il travaillait sensiblement sur le même espace que le mien.
L’espace fou du langage.

Ces pièces sont des pierres noires, brutes. La mise à jour du chaos. C’est éclatant.

Alors que je travaillais sur Un Batman dans ta tête, j’ai découvert Sauver la peau.
Les deux pièces sont entrées en résonnance. Le diptyque s’est imposé : profusion des voix / dialogue ininterrompu entre deux frères / dont un seul peut encore sauver sa peau.

C’est un homme dos au mur qui prend la parole. Un frère. Un écrivain. Un éducateur « démissionnaire » de l’institution. Qui va dans le temps de la représentation, mettre en relation la vie des enfants dans le carcan familial, (le sien d’abord : celui d’où il vient avec sa mère ogresse qui le traite de « sale pédé », son frère schizophrène, sa sœur recouverte de psoriasis) et la vie que les enfants mènent dans les carcans institutionnels d’éducation.
Même violence. Sourde. Maltraitance. Prise de pouvoir. Déni de l’existence. Zone de « non droit ».
La famille devient alors un nid glacial qui ne semble plus qu’abriter l’urne funéraire du frère mort, et les centres institutionnels d’éducation : des mausolées.
La pièce explore alors frontalement la question de l’identité, de ce qui nous constitue dans l’intime et dans le social, et la question du « Je » dans la littérature.
Contrairement à Un Batman dans ta tête, où le « Je » est le dernier mot prononcé du texte, le « Je » dans Sauver la peau est omniprésent, et ancré dans le vivant.
Celui qui parle s’adresse à nous frontalement. La parole s’inscrit dans le même présent que le nôtre, et nous interpelle.
Elle veut nous sortir de la sidération, de la torpeur, que provoquent sur nous les phrases meurtrières prononcées dans tous les carcans, qu’ils soient privés ou publics, familiaux où institutionnels.
Le « Je » devient « nous ».
Et invite à répondre collectivement, et urgemment.
Nous sommes ces enfants violentés par la dissonance des discours.

Et c’est avec l’acte de parole, l’acte d’écriture, l’acte artistique, que nous pourrons décrypter, mettre à jour, discréditer ces discours fous et sauver notre peau.

L’espace du théâtre, dernier lieu, où la parole fait acte.

 Hélène Soulié

 


ÉQUIPE ARTISTIQUE

Conception et Mise en scène : Hélène Soulié
Scénographie : Hélène Soulié & Emmanuelle Debeuscher
Lumière : Maurice Fouilhé
Création vidéo : Maïa Fastinger
Son : Adrien Cordier
Costume : Catherine Sardi

Le texte est édité dans son intégralité aux éditions Espaces 34 – Sabine Chevallier

DISTRIBUTION

Manuel Vallade

CRÉATION 2015

  • 26 janvier au 15 février 2015 – Théâtre Ouvert – Paris
  • 6 & 7 novembre 2015 – Périscope / Nîmes (Co accueil avec le Théâtre de Nîmes)
  • 20 novembre 2015 – Ciné Théâtre / St Chély d’Apcher (Co accueil avec Les Scènes Croisées / Mende)
  • 11 mars 2015 – Festival Art et Déchirure / Rouen

Ce spectacle bénéficie du soutien de la Charte de diffusion interrégionale signée par Arcadi-Ile de France, l’Odia Normandie, l’OARA, Réseau en scène Languedoc-Roussillon, Spectacle vivant en Bretagne et l’ONDA

PRODUCTION

Production : EXIT 
Coproduction : Centre National des Dramaturgies Contemporaines – Théâtre Ouvert – Paris

Avec le soutien du Ministère de la Culture et de la Communication – DRAC Languedoc-Roussillon (EXIT est une compagnie conventionnée par la DRAC Languedoc-Roussillon), du CNT, de la Région Languedoc-Roussillon, de la Ville de Montpellier, de Ré­seau en scène Languedoc-Roussillon, de la SPEDIDAM, et de l’Office National de Diffusion Artistique (ONDA).

Photo : ©Christophe RAYNAUD DE LAGE