DU BRUIT et de fureur

Création 6 et 7 novembre 2018 – L’Archipel – Scène nationale de Perpignan

D’après Joy Sorman

EXTRAIT

« NTM m’a appris à parler. A parler au reste du monde. Dans le rap il n’y a pas de bégaiement, de balbutiement, d’hésitation, de lapsus et autres imperfections de langage. Le rap, c’est l’âge d’or de la parole. Le rap, c’est l’élucidation, la mise au jour et l’activation de la puissance de la langue, le démontage du moteur, l’encéphalogramme des mots, le raffinage des mots par le corps. Et peu importe que certains n’entendent pas. Je n’entends rien ! – C’est normal je parle à ton corps. »

LA MISE EN SCÈNE

J’ai commencé à écouter du rap et NTM adolescente. À l’époque, j’aime surtout l’empowerment de cette musique, et la promesse que les paroles contiennent : Le monde de demain quoiqu’il advienne nous appartient ! Qu’est-ce qu’on attend pour foutre le feu ? Pour ne plus suivre les règles du jeu ?

L’an dernier le groupe s’est reformé pour une série de concert. J’ai alors eu envie de réécouter NTM, prise par une nostalgie. Celle d’une période où je pensais que je changerais le monde, que nous y parviendrions. En militant, en écrivant des spectacles, en allant à des concerts, en discutant. En écoutant NTM, je me suis rendue compte, avec joie, que les BPM (Battements Par Minutes) produisait sur mon corps et mon esprit un désir rare de vie, et je me suis rendue compte aussi, avec effroi cette fois, que les textes des chansons n’avaient pas pris une rides. Avec effroi, oui. Parce que si NTM en son temps attire l’attention sur le mépris social à l’égard des banlieues, l’étouffement de la jeunesse de banlieue, la violence faites au corps, et le racisme, la situation non seulement n’a fait qu’empirer, et les violences et les propos racistes se sont eux, banalisés.

C’est comme ça qu’est né le projet DU BRUIT (ET DE FUREUR).

J’ai alors décidé d’adapter le texte de Joy Sorman : Du Bruit. Adaptation à laquelle j’ai donné le nom DU BRUIT (ET DE FUREUR). Parce qu’il y avait « urgence », comme dirait Joey Starr ! Et de raconter non pas simplement l’histoire de ce groupe hors pair qu’est NTM, mais l’influence qu’il a exercé sur la jeunesse et la société des années 90. Leur capacité d’empowerment de cette jeunesse : « Faites du bruit » hurle Joey Starr. « Faites le pour vous. »

Aujourd’hui, on parle de « rap conscient », ou de « théâtre politique ».

Le sens premier du geste artistique s’est tellement dilué dans notre société de consommation, que nous avons eu besoin de ces qualificatifs. Mais qu’est-ce que ça veut dire ? N’est-on plus en mesure d’assumer notre fonction même d’artiste, nos gestes, nos cris, la création d’espaces d’émancipation collective ? Que fait-on alors ? Qu’est-ce que l’art aujourd’hui ?

On nous demande de créer des spectacles « tournables », cqfd : « vendable, pas trop compliqué, mais quand même un peu intello, pas trop long ». Là par exemple, c’est trop long, je le sais, c’est trop long. On va me dire que c’est trop long. On va me dire « Hélène c’est trop long ta note d’intention. Les gens ne comprennent pas. Les gens ne peuvent pas comprendre. » On va me dire ça. On va me dire que ce n’est pas pour vous. Que vous n’allez rien y comprendre. Et que ce n’est pas ce que vous êtes venus chercher. On veut que vous veniez, que vous aimiez, et que vous rentriez chez vous. Et voilà. Il ne s’est rien passé… Je veux dire au fond, tout le monde s’en balance qu’on se rencontre. On crée des mondes. Des mondes bien séparés. Des fractures. Les artistes d’un côté, le public de l’autre.

Alors que moi, ce dont j’ai envie, c’est de vous rencontrer et d’échanger des connaissances, des histoires, des émotions. C’est pas très littéraire ce que je dis là. On va me dire aussi c’est pas très littéraire. Demandes à quelqu’un d’écrire un texte. Parce qu’on part du principe aussi que certains savent écrire et d’autres pas. Que certains ont le droit d’écrire, parce qu’ils ont fait des études, ou qu’ils viennent de famille où l’on sait écrire, et d’autres pas. Et aussi du coup, que certains peuvent prendre la parole, être entendus, et d’autres non. Et on juge les gens. Et on les méprise. Parce qu’ils font des fautes d’orthographe par exemple. Et on les humilie constamment. Et quand des gens cassent une vitrine, ou se battent dans un hall d’aéroport, on hurle que c’est violent, qu’ils feraient mieux d’apprendre à lire et à écrire. Mais de quelle violence parle t-on ?

La société française est blanche, dominante, bourgeoise, et colonialiste. Aucune altérité. Aucune rencontre.

Nous devons, nous artistes, et vous spectateurs, créer ensemble des espaces qui nous permettent de nous rencontrer.

Parce que si le projet même du théâtre redevient la rencontre, alors peut-être nous pourrons repenser ensemble le monde dans lequel on vit… Le monde de demain quoiqu’il advienne nous appartient…

Didier Morville (Joey Starr) et Bruno Lopez (Kool Shen) ont quelque chose à m’apprendre que je ne sais pas. Je vais me déplacer. Essayer de comprendre une langue : le rap, un mouvement : le hip hop. Apprendre à parler leur langue. Sans jugement. Et voir ce que cela révèle. C’est cette aventure là, cette rencontre que nous allons faire ensemble.

Hélène Soulié, novembre 2018

3 - Du Bruit - @Fred Fouché@Fred Fouché


ÉQUIPE ARTISTIQUE

Conception & Mise en scène Hélène Soulié

 

Avec Claire Engel

 

Dramaturgie Marine Bachelot N’Guyen, Hélène Soulié

Adaptation Hélène Soulié

Assistante mise en scène Camille Miou Thibaud

 

Écriture du son, musique Carole Rieussec (Kristofk.roll) assistée d’ Axel Pfirrmann

Scénographie EmmanuelleDebeusscher

Lumière Maurice Fouilhé

Vidéo Maïa Fastinger

Costume Catherine Sardi

Régie Eva-Mona Espinosa, David Dubost

Le texte est édité dans son intégralité aux éditions Gallimard

CRÉATION ET DIFFUSION

6 et 7 novembre 2018 : L’Archipel – Scène nationale de Perpignan

15 novembre 2018 : Maison du Théâtre – Amiens

15 janvier 2019 : Le Théâtre – Scène nationale de Macôn

11 avril 2019 : L’Agora – Le Crès – Montpellier

5 au 26 juillet 2019 : Le 11. Gilgamesh-Belleville –  Avignon

26 au 29 février 2020 : Le grand Parquet / TPV – Paris

PRODUCTION

Production : EXIT 
Coproduction : L’archipel – Scène nationale de Perpignan, Scène Nationale de Mâcon / Partenaires:  Maison du Théâtre d’Amiens, L’agora – Le Crès / Accueil en résidences : Théâtre des 13 vents – CDN de Montpellier, Le Sillon-Scène Conventionnée de Clermont l’Hérault / Avec le soutien du Ministère de la Culture et de la Communication – DRAC Occitanie et la Région Occitanie/Pyrénées-Méditerranée, de la Ville de Montpellier et de la SPEDIDAM.

La compagnie EXIT est conventionnée par la DRAC Occitanie et la Région Occitanie-Pyrénées-Méditerranée

 Dossier de production : içi