MADAM#3

Scoreuses – Parce que tu ne peux que perdre si tu n’as rien à gagner

EXTRAIT

«  Dans tout ce que vous allez voir, il y a une seule incertitude :
la capacité de mon corps à exécuter ce qui est prévu.
Le point jusqu’auquel je vais être capable de tenir mes promesses.
C’est pour ça que vous êtes ici. Pour être témoin de l’imprévu. Pour être témoin de l’accident,
de l’infime imprécision qui me fera perdre l’avantage ou de la performance qui me sortira pour une seconde du genre humain.
Je veux briller au point de sortir du genre humain. Vous le savez aussi. »

LA MISE EN SCÈNE

Constatant que les médias, et le discours commun se focalisaient toujours sur les échecs des femmes, plutôt que sur leurs victoires, j’ai décidé d’aller rencontrer des femmes dont le métier même est de gagner. De marquer des points. Et rendez-vous a été pris avec les joueuses professionnelles du BLMA (Basket Lattes Montpellier Agglomération), qui à l’heure où j’écris, sont en tête de l’Eurocup et de la Ligue 1 de Basket Féminine.
Des championnes je vous dis
Au BLMA, j’ai rencontré des femmes avec un mental d’acier. « Ne rien lâcher ». Jusqu’à la dernière seconde. J’ai rencontré des êtres parlants aussi. On dit des sportives qu’elles ne parlent pas. C’est faux. Les sportives parlent. Très bien. Le corps et la tête ça marche ensemble. Elles disent leurs rêves, leurs prières, leurs croyances. Mais ce qu’elles racontent surtout c’est leur job. Ce qu’elles veulent c’est qu’on leur pose les mêmes questions qu’aux hommes. Il n’y a pas de raison. Elles sont des sportives. C’est comme ça qu’elles veulent qu’on les considère.
Les sportives sont des pionnières. Elles investissent un espace encore très masculin. Hyper médiatisé par et pour les hommes. Elles inventent des stratégies de jeu, comme des stratégies pour exister nouvellement en tant que femmes.
L’usage que nous faisons de notre corps façonne notre façon d’être au monde. Comme l’usage que nous faisons de la parole, de la langue, nous façonne.
Le corps et la langue sont ce qui nous définit, nous structure.
Apprendre à parler, apprendre à marcher, courir, prendre place, exister. S’approprier son corps, s’approprier ou se réapproprier sa langue, font partis des combats quotidiens que doivent mener les femmes. Il n’y a qu’à écouter la multitude de slogans scandés ces trente dernières années dans les rues par les femmes : Mon corps est à moi, Plutôt jouir que de se reproduire, Je n’ai de maternelle que la langue…
Les femmes ont le droit de décider comment vivre avec leur corps et d’en parler. Mais qui freine les évolutions de la langue, où celle de la relation que nous entretenons à notre corps ? Quel est l’intérêt ?
Pour répondre à cette question, c’est donc tout naturellement que j’ai convié Eliane Viennot, historienne et grammairienne, sur le plateau.

Le corps des femmes, et les usages de la langue sont des arènes, espaces d’empoignements politique de notre temps, qui mettent à jour le sexisme qu’on nous inculque, qu’on nous rabâche : « Le masculin l’emporte sur le féminin »…
Le sujet n’a rien d’anecdotique. Le patriarcat veut faire taire les femmes, les faire disparaître. Revendiquer la visibilité dans la langue, montrer des corps de femmes émancipés de leur condition, c’est transgresser les normes, c’est (enfin) exister.
Un chapitre 3 de MADAM sportif, politique, queer.

Hélène Soulié – janvier 2019


ÉQUIPE ARTISTIQUE

Conception, mise en scène, texte vidéo et interview : Hélène Soulié

Assistante : Lenka Luptakova
Texte : Mariette Navarro
Avec : Lymia Vitte et la chercheuse Eliane Viennot                                          Scénographie : Emmanuelle Debeusscher                                                                 Lumière : Maurice Fouilhé
Vidéo : Maia Fastinger                                                                                                            Regard sociologique : Loréna Favier

DURÉE : 60’

CRÉATION 2019

  • 1er février 2019 – Théâtre Jacques Coeur  – Lattes – Montpellier
  • 11 et 18 juillet 2019 – Le Train Bleu – Avignon
  • 19 novembre 2019 – Le chai du terral – Saint jean de Védas
  • 7 mars 2020 – Théâtre de Bagneux
  • 14 mars 2020 – La Manekine – Pont Sainte Maxence
  • 9 septembre 2020 – La faïencerie – Creil
  • 27 janvier 2021 – Centre culturel – Villeneuve les Maguelone
  • 9 mars 2021- Le Kiasma – Castelnau
  • 27 mars 2021 – Théâtre Jacques Coeur – Lattes

PRODUCTION

Production : EXIT
Coproduction : Théâtre Jacques Coeur – Lattes / Accueil en répétition Théâtre-Ouvert – Paris, Théâtre des Amandiers – Nanterre / Partenaires et soutiens : DGCA (compagnonnage autrices), SACD, DRAC Occitanie au titre de l’égalité Femmes – Hommes, Direction Régionale aux Droits des Femmes, Direction Départementale de la Cohésion Sociale de l’Hérault


Crédit Photo : Marie Clauzade